• Geoffrey Rivière

Le Jeûne Intermittent, vraiment ?

Dernière mise à jour : 28 janv.

Ça y est, la mode est (encore) au jeûne intermittent. Je dis encore, car cette mode part et revient à chaque fois. J’ai décidé de faire comme disait le grand (par la richesse avant tout) Napoléon :

« Observer le champ de bataille d’un œil sec ! »

Le but du jeune intermittent (fasting en anglais c’est toujours plus cool) est assez simple, on arrête de manger pendant un certain nombre d’heures défini selon l’objectif que nous avons.


Il y a depuis la nuit des temps des périodes de restriction alimentaire voulues ou non.

En effet, nos lointains ancêtres n’ayant pas de moyen de conservation très efficace pouvaient passer de longues heures sans manger selon l’endroit du globe qu’ils habitaient et la saison en cours (en hiver froid, moins de nourriture). Ces ancêtres ne peuvent être une base de référence, car ils vivaient plus ou moins vieux et on ne peut conclure que ce dont on est capables est forcément bon pour nous.


Aussi, dans certaines religions certaines personnes s’attachent à un jeûne volontaire comme dans la période de carême pour les catholiques ou le ramadan pour les musulmans.

Mais plus qu’une volonté de santé ou de longévité, nos ancêtres n’avaient pas trop le choix dans le cas numéro 1 et dans le cas numéro 2, ils voulaient s’imposer une certaine épreuve spirituelle.


Enfin, les animaux malades, blessés ou en hibernation réduisent leurs apports en nourriture. Mais là encore, cela ne peut être retenu comme argument, car les animaux (surtout les animaux sauvages) ont une certaine autorégulation et ne mangent jamais en excès. De plus, ils n’ont pas l’idée reçue dans leurs cerveaux que nous ne sommes plus en période de privation. Dans la nature, il est sûr que la capacité à tenir sans manger est un facteur primordial à la survie. Enfin, selon mes connaissances, les vétérinaires eux-mêmes n’encouragent pas le jeune, car il affaiblit l’animal et peut causer d’autres problèmes (comme des problèmes de croissance, d’affaiblissement du système immunitaire, variation dangereuse de la glycémie et la jaunisse par exemple).


Maintenant je vous vois venir, vous pensez que je suis contre ! Non pas vraiment, mais je ne suis pas pour non plus.


Selon les promesses des défenseurs du jeûne pour l’humain moderne, il y aurait un impact sur la longévité, augmentation de l’hormone de croissance, accélération de la perte de gras, meilleure énergie…


Nous allons vite regarder la réalité à ce sujet et explorer à savoir si le jeûne intermittent peut être utile pour l’athlète qui souhaitent la performance, la femme d’affaires qui veut perdre du gras ou l’homme à la retraite voulant améliorer sa longévité.


Commençons par explorer les différents types de jeûne.



Les différents types de jeûne :

Il y a plusieurs manières de jeûner, plusieurs protocoles ont été établis. En voici quelques exemples :

  • 12 h/12 h : On mange 12 h (première moitié de la journée) et on ne mange pas pendant 12 h. C’est déjà ce que font la plupart des humains (sans s’en rendre compte souvent).

  • 16 h/8 h : On mange pendant 8 h et on ne mange pas pendant 16 h (le jeûne le plus populaire à ma connaissance et le plus facile). Généralement on saute un repas dans la journée et on monte à 16 h rapidement (prenez note que selon les études il est plus avantageux pour la perte de poids de sauter le repas du soir que celui du matin).

  • 1 jour sur 2 : 24 h d’alimentation, 24 h de jeûne.

  • 36 h : On ne mange pas pendant 36 h.

  • 2 jours sur 7 : On ne mange pas pendant 2 jours et ensuite on a 5 jours de réalimentation. Il est néanmoins « permis » de manger un peu (environ 600 kcal) les jours de jeûne). Pourquoi pas tant qu’à être rendu là…



Pour le jeûne ?

Peu importe le régime que vous allez faire, il y aura un mécanisme d’apport calorique moindre que ce que vous faites actuellement ce qui amènera inévitablement une perte de poids. La plupart du temps, le jeûne qui supprime un ou plusieurs repas conduira à une baisse des calories consommées, donc à une perte de poids. Il conduit aussi à un état de cétose (quand le glucose, carburant préférentiel de votre corps vient à manquer). À partir de graisses, l’organisme produit des cétones qui vont servir de carburant aux cellules, à la place du glucose (vous aurez mauvaise haleine à ce moment-là). Ainsi, le régime cétogène, choisi par certains pour perdre du poids ou pour ses atouts pour la santé, vise à mimer les effets du jeûne.


De plus, lorsque l’énergie nécessaire à la survie du corps et des cellules est devenue insuffisante, l’autophagie (se manger soi-même) va mettre en place une forme de nettoyage cellulaire : il s’agit d’un processus régulier et ordonné qui consiste à décomposer et à recycler des composants cellulaires. Lorsque tous les composants cellulaires défectueux ou malades ont été éliminés, le corps peut commencer le processus de renouvellement. De nouvelles cellules et de nouveaux tissus sont générés pour remplacer ceux qui ont été détruits. Le corps se renouvelle ainsi et dure « théoriquement » plus longtemps. Le jeûne active l’autophagie et c’est le principal argument avancé pour ses défenseurs pour mesurer la longévité.


Néanmoins, Il est difficile de mettre en place des protocoles bien étudiés pour mesurer le tout sur des populations différentes et sur le très long terme (surtout pour mesurer la longévité) et donc mais si les études sur les animaux sont encourageantes les résultats sur les humains sont mitigés.


Avant de dire si oui ou non nous sommes pour ou contre, il faut savoir d’où la personne qui veut faire un jeûne démarre.


Le Dr Jason Fung, qui à aider à populariser le jeûne et qui à aider de nombreuses personnes à améliorer grâce à ses expériences soigne des gens malades de syndromes et de maladies facilement évitables avec de saines habitudes de vie.


Si vous mangez des aliments ultra-transformés la plupart du temps, que vous commencez votre journée au Tim Hortons (avec une boite de beignets, un café avec deux sucres et deux crèmes) et que tu la finis avec un kébab, il est sûr que vous aurez avantage à jeûner (ou simplement consommé moins de calories) pour perdre du poids ou pour votre santé.

Ensuite, si le jeûne vous amène à vous suralimenter sur de courtes périodes, votre digestion d’abord ne sera pas optimale. De plus si vous êtes un sportif et devez consommer beaucoup de glucides cela conduira à une hausse de la charge glycémique du repas et si vous consommez beaucoup de protéines, il est possible que celles-ci ne soient pas bien assimilées. Enfin, si votre temps de réalimentation est la porte ouverte à manger des aliments ultra-transformés cela ne sert vraiment à rien à par déplacer le problème ou en créer d’autres (comme des troubles alimentaires).


Il est sûr que la suralimentation et la recherche d’accumulation de calories ne sont jamais une bonne idée pour la santé de toute façon, mais est-il nécessaire de jeûner ? Ou bien une simple réduction des calories aurait été suffisante ?



Conclusion :

Les récurrences que j’ai pu observer depuis une vingtaine d’années, mes différentes lectures, mes expériences sportives et grâce à plusieurs personnes que j’ai pu aider ce sont la routine, la qualité alimentaire en quantité suffisante (visant le maintien des calories absorbées), l’activité physique (misé sur la dépense calorique) et la gestion des saines habitudes de vie (sommeil en quantité suffisante, boire de l’eau et gestion du stress). Je sais c’est simple et plate, mais c’est ça qui fonctionne sur le long terme.


Alors, résumons…


Pourquoi faire un jeûne :

  • Si vous cherchez à vous rendre compte que d’habitude vous mangez beaucoup trop (le principal bénéfice selon moi).

  • Si vous cherchez à vivre une expérience spirituelle.

  • Si vous êtes un animal de laboratoire.

  • Si vous cherchez la longévité théorique par l’autophagie.

  • Si vous cherchez une méthode miracle à discuter autour du feu (qui fait encore ça ?!).

  • Si vous cherchez une autre méthode de restriction calorique (bien que ce ne soit pas la meilleure idée selon moi).

  • Si vous ne prêtez pas importance à vos performances sportives.

  • Si vous pensez que ça peut vous aider dans votre problématique actuelle en pensant aussi sur le long terme.

  • Si vous cherchez à vous habituer à puiser dans vos réserves d’énergie (dans le cas des sportifs d’endurance).

  • Si vous n'avez vraiment pas faim.

  • Si vous êtes capable de supporter de gros moments de faiblesse.

Pourquoi ne pas faire un jeûne :

  • Si vous êtes atteint du syndrome de Gilbert.

  • Si vous êtes enceinte.

  • Si vous êtes adolescent.

  • Si vous voulez prendre du muscle et performer à l’entrainement.

  • Si vous cherchez l’équilibre.

  • Si vous avez des troubles alimentaires.

  • Si vous êtes anxieux.

Enfin, le gros bon sens devrait nous ramener à la raison…


Si vous êtes quelqu’un de vraiment connecté à vous-même et que votre agenda est très souple, si quand vous vous levez le matin et que vous n’avez vraiment pas faim, vous ne mangez pas ! (Donc vous faites un Jeûne).


Si vous cherchez à installer une routine dans votre vie pour mieux gérer votre stress et que vous êtes déconnecté et que quand vous vous levez le matin vous avez faim (la vraie faim) alors, mangez des (vrais) aliments nutritifs.


La plupart des client(e)s que j’ai eu qui ont faits des jeûnes n’ont pas perdu de poids, au contraire. Pour la plupart, ils ont pris du poids autour de la taille (certainement à cause du stress et des réactions compensatoires) et pour ma part, j’étais moi aussi plus gras quand je faisais le jeûne (j’ai fait des 16/8 plusieurs fois). D’ailleurs, saviez-vous que les bouddhistes pour la plupart ne pratiquent pas le jeûne, car ils trouvent que cela les éloigne de la voie du milieu… L’Équilibre.


Si vous cherchez la longévité, alors évitez de manger plus de 12 h par jour et mangez un peu moins que vos besoins en coupant un peu vos calories si vous mangez trop ou évitez juste de sortir de table avec le ventre trop rempli. Si c’est par le jeûne que vous y arrivez alors tant mieux. Sachez que vous pouvez déjà avoir les bénéfices de l’autophagie en ne jeûnant qu’une fois par semaine (pourquoi pas le dimanche quand vous êtes reposé et moins stressé si c’est votre jour de repos).


Mais il serait faux de dire que c’est une certitude à l’heure actuelle que le jeûne intermittent nous évitera tous les maux (peut-être qu’un jour j’aurais tort).


Pour finir, ne dites jamais au bureau le matin que « je me suis tapé un jeûne hier pendant 16 h, ça m’a épuisé », ça porte à confusion.



Sources :

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